10.08.2006
La rencontre des solitaires 2
Chapitre 6. L'UNION DU FORTUIT ET DU NECESSAIRE DANS LE DESTIN DE L'INDIVIDU.
« Fate, show thy force : orselves we do not owe ;
what is decreed must be, and be this so ! » SHAKESPEARE.
La route de ta vie se partage à chaque instant. SARTRE dirait que l'homme est parce que seul il exerce son libre arbitre. Tu regardes à droite puis à gauche.
Est-ce ton destin qui te pousse vers une de ses deux directions? Non, il ne fait que te présenter l'alternative, ensuite c'est à toi de choisir.
Mon karma s'énerve. J'implore la poutre de traverser l’œil de la connaissance et de m'aveugler.
Miss lucidité m'a crachée dans la gueule les vomissures des lendemains d'infortune.
Je rêve à une projection planifiée, ordonnée, entièrement désirée, jamais contrariée.
Loin ou proche le chemin n'est tracé, qu'une fois parcouru. Sommes nous condamnés à vivre les mains vers derrière?
Les contingences extérieures doivent- elles gâcher ma vie?
J'ai peur de vivre, une vie qui ne m'appartiendrait pas!
Il est plus séduisant pour moi de me laisser avaler par une jolie fille. Si je m'abandonne toute entière à une mante suffisamment agnostique pour me supporter, j'aurai la solution à mes angoisses. Mais où trouver pareil monstre?
J'ai trouvé la solution dans mon pantalon où se frottent deux jambes prêtent à marcher des kilomètres de poisse et de bonheur.
C'est une poilante affaire gigotant à affoler toi ou même moi, un souffle dans nos oreilles, un silence, une fable pour endormir l'enfant.
Ferme danse de décisions cartonne le jus déçu ; aller pfuit une grenade par dessus bord... Attention aux éclaboussures!
La veste à thym, les bulles à vent...
Ai-je trouvé celle qui sur mon destin dessine des branches multicolores ?
Elle me retient de saigner d’abominables souvenirs et me perce délicieusement avec son souffle brûlant. Elle laboure le champ de mon intolérance et de mon profond mépris.
J'en crève mon ridicule, j'ose maintenant rouler dans le sens logique de la tactique humaine.
J'ai le choix. Je choisi le calme, la sécurité, l'enfermement, l'asile de mes pensées, les doux rêves de ma bien aimée. Loin de moi, les affres dégouttants de mes anciennes souffrances.
L'avenir n'existe pas. Le présent est plus plaisant qu'avant. QUE DEMANDER DE PLUS ?
Tout et rien à la fois. La vie est une insatisfaction chronique. L'homme est originellement névrosé. A moins que ? Comment me convaincre que j'écris la vérité, si je n'écris que des fables ? Tais- toi et pense!!
Le temps et le lieu cultivent mon devenir. Est ce un hasard si je suis là avec toi et les autres, dans cette succulente permanence.
Trou.
Précipice.
Tiroir puis rien.
Feu dans ma gorge.
Baudelaire baise la prostitué et aime l’art ; je suis égoïste et enroulé dans moi.
Pourquoi est ce que je me sens obligée de me détendre sexuellement ? Pourquoi est ce que j’ai peur de ton amour, de son existence, de sa disparition ?
Je souris à la gueule du monde. Ne te méprend pas lecteur ! Ce n’est pas une évolution. C’est le blanc de l’innocence, le rose aux lèvres, la sueur du plaisir partagé. Je renais certes ; un souffle neuf remue mes narines ; j’ai la pleine sensation de m’étendre sur un corps. Mais mes fondations se tassent.
J’échange des regards furieux d’énergie. Je goûte l’immortalité consommée en un plat délicieux et tabou. Dans la platitude stoïcienne des jours qui s’égrènent, j’ai croisée des antilopes toutes plus belles les unes que les autres…
Je demeurais tranquille, seule, abreuvée des folles visions naturelles des savanes. Les serpents venimeux, aux crocs acérés, lèchent de leurs langues bifides ma cheville. Les singes ont l’audace mercantile et les pucerons se vantent de leur… fausse vertu.
Le jour , je me ballade dans le désert et la nuit je rejoins l’oasis de ma tendre complice. A mes journées, enfers gelés, je préfère mes nuits cocon de douce chaleur amoureuse. J’entends les gens rire, les chacals maudire. Les vautours tournent, je me glace. Je me tiens coi, le plus souvent blottie dans l’antre de ma tanière, la bouche endolorie de ne pas avoir su faire taire ces hypocrites avec tous leurs sous entendus. Mes viscères se tordent de ne pas avoir su tirer barrage sur cette rivière ensanglantée où flottent les cadavres. Parsifal, le chevalier wagnérien vole au dessus des nuages ; il ne perçoit rien du fouet de la grêle qui me baise. Mon ventre a la nausée. La journée, survivance du passé, est supportable malgré tout. Je me méfie de tous, de celle qui affiche ses dents blanches de tolérance, affirme qu’il faut vivre ensemble mais aussi qu’il faut la laisser seule. Je ne suis pas paranoïaque, loin de là mais j’ai compris, j’ai tout compris. Le vent ne peut pas tourner comme la girouette qu’il agite. Son visage transpire l’ordinaire d’une femme qui veut séduire, montre sa peau, ses jambes et le relief de ses yeux bleus. Mais curieusement, si elle est, à n’en pas douter, une femme piège, personne n’est encore resté bloqué entre ses dents. Sa bulle est ronde, élastique de désir, mais qui crève à chaque approche de corps étrangers. Elle a de quoi rager et pester son incapacité à se laisser aimer… Je me méfie d’elle car plusieurs nuits j’ai rêvé que je la perçais ; lourd sur son corps, ma main sur son sein dans le calme incongru d’un acte révélateur. Elle porte des vêtements courts mais n’en a pas moins les idées longues.
J’ai besoin de nourriture. Je cherche à la faire céder parce qu’elle refuse de se donner à moi. Je voudrais juste la vider de ses angoisses, de ses désirs inassouvis ; Bref, ami lecteur tu le sais, je suis le Libérateur pour qui veut être libre. Hors je constate que dans cet erg personne n’est libre. Elle connaît sa prison ; elle pavane ses crises, avale derrière les bosquets des proies juvéniles sans que personne ne réagisse. Elle est la reine sans couronne, l’esthète sans connaissance. « Le silence est de rigueur » m’ordonne le Grand Puissant. Modérer mes propos ! ? Me taire ! Il n ‘en est pas question. Il faut savoir la vérité de ces actes, le tracas qu’elle et tous me font, les pleurs que je verse la nuit à l’abri de leurs regards de pierre.
Soudain un intrus me bouscule et pénètre dans ma tanière. Il pète et rote d’intarissables vocalises sur les intoxications précaires des dinosaures qui hantent son estomac. J’en ai rien à foutre de ses mains qui dégoulinent, de ses yeux rabougris, du piercing kitsch qui pend à sa narine, de ses défections spongieuses qu’il examine inquiet à travers le verre d’une bouteille. Je hais ce faux tumultueux méprisé et reprisé comme la plus ancienne de mes chaussettes. Je crache un mollard bleu à la gueule de cet invertébré acariâtre qui s’enfuie en jurant puis revient brandissant une hache en papier mâché. Je lui ris au nez, grisée de tant de ridicule et exécute quelques pas que j’aurais observés à la techno parade. Il me frappe à en tordre la lame cartonnée. S’en est trop, je le saisi par les pieds, le culbute, lui arrache sa défroque et l’encule dans une marmite pleine de tomates pelées. C’est très agréable. Je jouis en saccade à n’en plus finir. Il a le cul défoncé et moi les idées claires. J’abandonne sa dépouille aux charognards. Ils m’épuisent tous ces mollusques, heureusement que j’en retire de futiles satisfactions. Je me souviens d’un cador, un appétissant matelot le mat coincé dans son pantalon blanc jauni par…le temps. Rien dans son apparence ne laissait deviner la réalité de sa personnalité sournoise et narcissique. Je l’ai aperçu une première fois qui tournait à cloche pied autour d’un fumier de jeunes donzelles. Visiblement il profitait de n’être vu de personne – du moins le pensait il- pour s’adonner à un curieux rite sadique. A intervalle régulier, il s’approchait du tas puant et avec une dextérité digne du meilleur chirurgien dentiste il arrachait une dent à une de ces filles. On entendait des hurlements des cris stridents, des jacasseries nerveuses. Mon joli matelot jubilait ; une fois arrachée, la dent atterrissait tout droit dans sa bouche. Ses lèvres étaient maculées de ce sang, flagrance intime et féminine dont il se régalait. Sa grosse langue mi blanche mi sang léchait les plaies, elle s ‘enfonçait dans les gorges rétrécies d’angoisse jusqu’à étrangler ces pauvres filles innocentes. Les cadavres bleuis se multiplièrent et le tumulte des cris n’était bientôt plus que le triste sanglot de la dernière survivante. Ce qu’il fit à celle-ci, je n’oserai le raconter ; sachez juste que devant l’horreur, j’ai moi, l’Ultime Solitaire, détournait le regard – non pas par dégoût mais par ce que je réalisais la folie mesquine et déguisée de mon petit minet- Certes, j’ai été voyeur. Rien ne m’a fait bander. Mon chat rayé crache comme les autres. Il n’y a rien d’unique dans cette pale copie humaine. L’envie de le caresser et de le serrer entre mes cuisses s’est muée en une indifférence sexuelle totale. Je continue mon chemin à la recherche des miens. Au hasard des rencontres peut être décèlerais– je le félin aux milieux des moutons ? Dans ces pages je me mets à nu. J’ouvre mon esprit pour qu’on l’examine. « Je ne sortirai pas, tu devras entrer vers moi. Dans le jardin de mon ventre, d’où je regarde. Où je peux construire dans un crâne un univers rival de la réalité. » J. Morrison.
Chapitre 7. UN ÇA TISSE FETE LA RECONCILIATION AVORTEE.
« Ses doigts effleurèrent mon visage. Pour une raison ou pour une autre, lorsque les mortels veulent s’assurer que nous sommes réels, ils replient leurs phalanges vers l’intérieur de leur main et promènent leurs articulations sur notre visage. Est –ce là une manière de toucher autrui en des protégeant soi même de tout contact ? » A. Rice.
J’installe le silence dans la pièce. Je ferme la porte. Les issues sont closes. Je l’oblige à plonger son regard dans le mien. Elle se défend de me parler, se recroqueville dans ses chevilles et maudit l’absence de son.
« Tu ne devais pas apporter un poste de T.S.F ? » interroge- t- elle nerveusement. Mes forces transitionnelles égratignent le vide. Je me tais. La tension de ma sincérité abaisse le plafond. J’étouffe des bouffées d’émotion. Je suis la dame blanche renversant le pion noir. Nous engageons une danse galante. Je ne dissimule rien mais elle, retirera –t- elle son masque ?
« Tandy, contrariée, s’écria : « Oh, Jim, pourquoi dois-tu toujours porter un masque ? Ne peux-tu jamais l’enlever ? » Là Jim fondit en larmes, et s’écroula sur les genoux de son amie, secoué de sanglots hystériques.» Hopkins et Sugerman.
Elle guette les ouvertures sensitives, reprend chacun de mes imperceptibles gestes ; elle sent mon désir occulte, le craint. Combien de temps va –t- elle tenir ? Je connais son obstination du secret. Je VEUX qu’elle implose… Elle m’a surprise dans ma concentration, s’est levée et à tourner la poignée de la porte. Dans le courant d’air Tout s’est échappé. Tout recommence. Je me demande si elle en vaut la peine. N’est elle pas aussi minet que mon tendre matelot à la peau tannée des gifles ventouses ?
Je me vide et me remplie de contrariétés. Je suis imbécile de me créer autant de soucis pour une si petite vermine. J'aimerais la connaître, la voir naître. Je sais ses potentiels, sa nature ; Des chaînes verdissent sa peau, tordent ses muscles et écrasent sa gorge. Je me gâche à torturer son humanité. Je lutte pour ne pas pleurer ses douleurs solitaires. Je suis une éponge.
Ne crois pas, lecteur mon ami, que je tombe en compassion devant cet ange ou que je vomis un fleuve de pitié à ses pieds. Je perçois au delà de ses yeux clos sa profonde sincérité, sa sauvagerie naturelle de sentiments. Elle est brimée ; l’océan est bordé de plages dorées. Quelles jolies apparences ? ! Le champ porte ses barbelés en fierté. Quelle erreur ! Où sont les membres de ma famille ? Je me suis sentie seule durant trop longtemps.
A mes cotés aujourd’hui se blotti l’amour. Elle est tout ce que je peux dire, tout ce que j’omets de dire. Inutile de s’embrouiller dans une description qui ne peut être que restrictive. A travers les mots que j’écris transpire mes pores endormis de cet amour clandestin. Vous avez compris lecteur, de quoi il s’agit… Non ! Alors je vais vous faire entrer davantage dans mon intimité. Elle errait masquée comme les autres dans mes sphères ; rien ne la distingué des autres si ce n ‘est son extrême sensibilité, sa capacité innée d’éponger. Je l’oubliais longtemps parce que je m’étais installée dans un divan assez confortable pour m’y abandonner. Ce divan s’appelle renoncement ou encore aptitude à tendre au stoïcisme. Je remarquais vite un changement radical dans mes relations ; mon amitié naissait et se développait comme si cela allait de soi. La bassesse humaine m’exaltait. Je dansais sur des pistes entourées d’inconnus, je buvais des bières, discutais du monde, j’étais Henry Miller.
Je ne soupçonnais pas comme une possibilité qu’une personne tombe amoureuse de moi et encore moins qu’elle essaie de me séduire. Vous l’avez lu entre les lignes, j’avais mis ma méfiance au placard et elle s’était jetée à corps perdu dans ma bulle pour y inséminer tout son amour. Je la voyais frêle d’une fragilité physique maladive puis après un tour de danse je me pâmais devant tant de force de résistance et en même temps de porosité à l’autre. Se sentait elle seule ? J’appris à la connaître ce qui engendra un retour à mon essence. Retour d’acide. Du moins le pensais- je ! Mais quel ne fut pas mon désappointement lorsque je me rendis à l’évidence ; elle m’avais grugée. Est ce là, mon maître ? Son masque puissant de sobriété éclate mes certitudes. Elle ne se moquait pas de mes remarques excentriques mais cherchait à les boire comme un élixir. Elle était de mon coté. Quel éblouissement ! Je ne pouvais croire à la découverte. Il fallait comme si une autorité intérieure me l’imposait, tenter de l’avaler. Je suis allée aux plus près de ses tensions ; j’ai traversé les lignes de ses mains ; j’ai plongé dans ses veines, marché le long de sa colonne vertébrale, visité ses canaux, voyagé autour de son crâne. Quel éblouissement ! Depuis cette nuit où je l’ai touchée, j’ai sentie qu’elle me touchait aussi et cela m’a bouleversée. Ami solitaire, ne te méprend pas. Je ne suis pas en train d’expliquer une union traîtresse. Je suis l’identique à l’immuable. Ma vie quête l’avenir flamboyant.
Néanmoins, je reconnais n’être plus la même bête étranglée par ses propres mains. Je navigue davantage, libérée de mes angoisses qui reposent à présent entre les doux seins de ma belle- aimée. Ma vision s’est modifiée, mon ventre ne crie plus famine. Je suis, à n’en pas dénier plus calme. Affublée de cette sagesse qui me pose, je baille mon répit à la gueule de mes ennemis. Nous sommes, femmes enlacées créatrices de la toute puissance. Nos flots, pleurs, salives, sang, sueur, glaire confondus multiplient nos forces. Puis…
« L’odeur résineuse m/étourdit, un choc m/e vient dans m/on foie, m/es sanglots redoublent, une vomissure verte se mélange sur m/on menton et dans m/on cou à m/es larmes […] à m/a salive, je fuis leurs rires et leurs chants tout en courant jusqu’à la mer où j/e m/e jette hurlant des malédictions m/a très exécrable regrettant à voix haute et stridente le jour où ici bas j/e t’ai rencontrée. » M. WITTIG.
Toute la journée je tisse dans ma coquille corporelle une toile de fils amours. Des sons blancs d’irrésonnance contraste avec la palette de couleur de la nuit. La minuterie de mon plaisir s’enclenche après chaque fois ; quand ? Où ? Pourquoi ?
Pourquoi jeter nos corps dans d’étranges échanges excitants ; pourquoi jouir si ce n’est pour jouir encore ?
J’entrevois la dureté éphémère de nos vies humaines dans la sage chaleur de ton sexe. Je couche mes plis d’indécision dans tes tiroirs côtiers ; je poste mes tremblements à ta béance oculaire. Quand ? J’oublie de penser ; un éclair me visse à toi et puis m’écarte. Un ça tisse fête pendant que ma langue s’emploie à détruire : « Personne ne peut m’aimer ; je ne t’aime pas ; tu n’es que ma cible sexuelle, mon tranxen quotidien. Tu m’es insupportable quand tu oses démonter mon jeu. »
Le fiel mensonger purule des idiomes classiques. Que de force dépenser à déchirer mon silence pour lui dire.
Mes frustrations infantiles refoulent dans mes chiots vitaux. Je sème la morve humaine sur l’asphalte des villes. Les lampadaires, citoyens des temps modernes, veillent sur la cocotte qui minute une indigestion du tonnerre. Les égouts débordent des lumières profondes d’immondices. Des doigts s’agrippent, une main puis deux puis quatre s’accrochent ; une masse embryonnaire émerge de nul part pour un ailleurs. Gisant dans les caniveaux, la bouche béante hurle sa douleur. Elle non plus n’a pas demandé à être mise au monde. Le plasma dégouline. Il pleut et le froid de la nuit embue les verres des lunettes. Quel accueil pour ce nouveau né ? Tout de suite la foule s’agglutine autour de lui. Qu’il est mignon ! Oh, il gazouille déjà !? C’est qu’il est bien éveillé ? Oh, et puis costaud ! Mais c’est étrange… toutes ces mains… mais …Aaaarrh ! Quelle horreur… Les premiers rangs s’écartent brusquement.
La pluie a découvert l’innommable : un monstre, un corps siamois, un cerbère humain. Un homme de l’assemblée saisit son téléphone portable. Quelques minutes après son appel débarque en trombe les services d’excellence du Tenez-bon. Ramassage. Urbain (plus connu sous l’abréviation TRU). Le tas est compacté dans un caisson en Plexiglas , monté à l’arrière du camion au liseré d’or. En un clin d’œil, l’horreur a disparue. Personne ou plutôt toute la foule s’accorde dans un lourd murmure « nous n’avons rien vu ». L’homme au portable est congratulé de toute part pour son acte d’intelligent et hautement civique, digne du silence qui retombe sur cette ville calme et donc irréprochable.
Les experts déballent l’amas sanguinolent dans le parc d’observation. Le nettoyage aidant apparaissent deux yeux globuleux puis deux autres visiblement myopes ; quoique ? Une bouche s’ouvre, l’autre se convulse. Le premier mot est prononcé accompagnant avec gravité l’acte défectoire : « merde».Un Merde clairement articulé, limpide de signification qui suscite maintes interrogations dans les esprits aguerris des experts. A leur tour ils écarquillent les paupières et s’observent. Les machines, aux multiples indicateurs clignotant ronflent régulièrement. Un néophrène explose devant tant de beauté synthétique. Ce suicide romantique réveille comme d’une torpeur les experts. Ils quittent la pièce. L’acte est si parfait qu’il faut en référer au Super Expert. Maintenant seule au milieu de sa pisse, la bête se dévoile à elle même. D’autres mots sont prononcés. Les deux parties exprimantes de la Chose dialogue :
- Mon mari n’est pas mon mari. Il est solitaire et moi je suis seule. Il ne me regarde pas. Je ne suis pas assez belle pour lui. Je ne le mérite pas. Il faut que je change ; me remémorer mes moments séduisant à ses yeux ; régime alimentaire ; troquer mes lunettes cul de bouteille pour des lentilles de contact insupportables.
- A peine étions nous installés dans notre appartement qu’il commandait le lit du bébé. Il voulait fonder une famille Je vais pas gâcher ma vie, ma liberté si durement acquise et toujours menacée. Je l’ai quitté. Il était pareil que mon père.
- Il m’a quittée pour une plus jeune ; d’abords c’est de sa faute. Il ne fait aucun effort. Il rentre tard du boulot, crevé bien sure. Il me trouve trop d’exigences ; être à sa disposition, écarter les cuisses et se soumettre à son plaisir.
- Je ne supporte pas l’égoïsme machiste et la société qu’il engendre. La femme n’a pas besoin de l’homme pour exister. J’aime me masturber et lire des livres d’émancipation ou est ce d’anticipation ? Le fromage pour moi c’est trempé dans un café noir.
- Il dit qu’il m’aime et qu’il veut retourner vivre avec moi et nos enfants. Il m’a fait l’amour. Je pleure sur ma faiblesse féminine. Je niche entre ses couilles.
- Qu’est ce que j’entends ! Regarde-toi ! Je t’aime et je ne te trahirai jamais. Je suis ta fidèle moitié.
- Oui, je t ‘ai ignorée trop longtemps. Pourquoi chercher dans autrui ce que j’ai en moi ? Ce sont les autres qui nourrissent mon sentiment d’abandon. Dois-je me convaincre que seule je peux trouver la sérénité de la plénitude ? je m’épuise comme à la galère à construire et surtout entretenir mon espace social. Est-ce là ma tragique destinée ?je ne sais même pas d’où je viens. Je me suis laissée absorber par l’autre. J’en ai oublié mon essentiel : Qui suis-je ? le soucis permanent de perfection social est un palliatif à l’angoisse qui m’étreint quotidiennement. J’ouvre les yeux sur ma pauvre réalité. J’ai voulu courir vers la fin de ma vie. Je te regarde et je te vois enfin.
Un second néophrène implose et c’est dans la presque pénombre que leurs lèvres s’embrassent goulûment.
Les experts reviennent. Un homme, vêtu des chaires de la tolérance, active une manette. Un liquide blanchâtre imbibe le corps nu de la Chose. L’opération d’éradication de phénomène indésirable n’aura duré que quelques secondes.
Chapitre 8. UNE PARTIE DE CHASSE OU L’ABREACTION REITEREE.
« Il y a des sentiments qui veulent tuer le solitaire ; s’ils n’y parviennent pas, ils leur faut eux mêmes mourir ! Mais es- tu capable d’être un assassin ? » Nietzsche.
Dents brossées, ongles coupés et limés en arrondi
Aiguise tes yeux ma beauté car je viens m’empaler sur ton regard
Obstination : je volerai ton âme.
Je cherche une coupe à boire, un bain à prendre, une écharde à planter dans mon talon.
Je veux attraper le mal d’amour, la souffrance de l’être, le vécu ; celui que l’on trouve dans la relation ; celui du désir refoulé, de la flagellation ou du rapport sadomasochiste narcissique.
Scène 1.
La fatigue pèse mes paupières. Dans la tasse qui me réchauffe les doigts, le café noir tourbillonne. Envie de cracher.
Dans la salle d’eau : Je m’évertue à plonger mes cuisses et mon sexe dans l’eau chaude du bain. La sensation de brûlure descend en fourmillent jusqu’à mes orteils. Un pur moment de béatitude. Le sabot de cette minuscule baignoire barre mon dos d’une ligne rouge de flottaison. Et si je me noyais ? Il faudrait en avoir les moyens sanitaires !
Scène 2.
Elle est perchée sur deux longues jambes ; Pouliche nerveuse à la crinière souple couleur des feuilles d’automne. Rousseur sur les joues et l’échine vibrante aux passages des brides de ma conversation. C’est une paramécie ; une oreille odorante, un œil qui écoute.
Je la guettais, manipulais à distance sa fougue, lui criais au nez des injures, lui mordais les doigts. Les chattes en chaleur câlinaient puis griffaient.
Mon imaginaire projette toutes ses images sur la peau diaphragme qui recouvre mes globes oculaires. A l’évidence le bain ne m’a réveillé qu’à moitié. Je rêve, mon index badine entre mes cuisses.
Scène 3.
Navire englouti : mes filets remontent à la surface et traînent leur langueur vers un rivage incertain. Pas d’échouage mais un accostage équestre et sous marin si inattendu que ma belle chevelure a chaviré. La singularité de ses hanches, la ganache friponne, l’élancement de sa silhouette, le poitrail discret mais présent, je venais de capturer un remède de cheval. Comment ménager ma nouvelle monture, ingurgiter un tel breuvage, goûter l’écume de ses naseaux ? L’excitation laissa place à la réflexion stratégique du prédateur. Pourquoi me nargues- tu ? Que veux- tu ? Je suis la cavalière des abîmes, l’obsession de t’envelopper dans mes pièges me dérange, trouble mon sommeil de pensées insensées. Je suis la ligne de partage des eaux ; d’un coté l’inconnue , sa peau, une autre façon d’embrasser, d’entrer en contact avec moi et de l’autre coté la stabilité bouleversée. J’ai envie de lui parler ou plus précisément de l’interroger pour tenter de la connaître, de mesurer sa volonté relationnelle et surtout son innocence et sa pureté intentionnelle. L’occasion de le faire transit ma parole, rétrécit mon champ actif. Je me trompe par refus d’une déception ; je me déçois pour que personne ne puisse le faire. Je m’enferme, je m’étouffe. J’essaie de ne plus rien sentir. Mes forces débordent mes pressions. Je me renverse, mes doigts tremblent, mon esprit se phagocyte.------- ------ (((((( ResPirer……….
Scène 4.
Moi : Mon vieux tee-shirt noir, mon vieux jeans troué au genou et à l’entre jambe, le seul qui me moule les fesses, la sueur sous les aisselles, les cheveux mal rasés. L’antre de la farouche bête humaine s’est ouvert à la visite courtoise et joviale du désir et de son acolyte le refoulement.
L’autre : Parlons du second, ami lecteur, celui qui me cause tant de tracas. Ce soir là le refoulement s’était déguisé en femme. Sa façade avait besoin d’une réfection. La lumière verte de ses phares électrocutait l’atmosphère. Une bonne bagnole solide à la carrosserie indémontable, au châssis indestructible, sans aucun confort mais très utile, le genre à ne jamais vous trahir, à ne jamais claquer, toujours prête à empêcher toute réaction d’ordre affectif de s’extérioriser, de refuser d’accepter ou de satisfaire une tendance naturelle : Un engin moteur de haute fidélité qui repousse et fait reculer : Le pied du psychanalyste...
Elle : Son tee-shirt blanc, un peu transparent, son soutien gorge sportif et blanc, sa peau fine, son jeans neuf, l’écharpe colorée aux reflets de ses yeux, sa nervosité étouffée, son plaisir séduit. Légèrement en recul, comme voilé par le bestiomobile, le « ça » resplendissant se ratatine sur sa chaise. Lui aussi est une femme à la différence notable qu’il n’y a pas de déguisement mais une pureté éblouissante de sentiments, de féminité, d’audace, de folie et d’infini.
Ce soir là, je me suis attachée à souffrir chacune des décharges pulsionnelles immédiatement anéanties. Une pluie d’éclair déchira mon espace, ma jouissance tuméfiée se refusa d’exploser. J’étouffais ma mise en monde.
Scène 5.
Quelques jours plus tard ; L’envie d’expirer un air nouveau me rapprocha de mes anciennes fréquentations. La fiole vengeresse sur moi ; je me titille les doigts et je décide de publier les bancs de mon divorce d’avec l’ami « ça ». Cette union est invivable. Suis- je en train de me donner des arguments et une bonne conscience ? Je jette une ligne au bout de laquelle mon cœur saigne un hameçon rouillé. Je convaincs ma réelle liberté dans le lien indéfrisable d’avec une femme et une seule. Elle démonte ma cohésion interne, fissure mon extérieur. La carène ainsi parasitée ne peut que conduire à ma perte d’équilibre. L’autre me pare de petit cacatois, petit perroquet, grand hunier et autre grand foc. Je navigue à nouveau. Ma proue fend les flots sociaux. Mais ma cale suinte comme une liqueur amère. Je m’ennuie dans cet état résultant de l’action des forces qui s’annulent.
Scène 6.
La mer est calme, le ciel sans couleur, la lourdeur atmosphérique pèse. Le tangage lent et profond m’emporte à travers cette terne journée de printemps. Les îles m’accueillent par de molles poignées de main ; elles jettent des regards vagues d’amabilité derrière moi. Suis-je réellement là ? De mes naseaux tuméfiés s’échappe un filet d’angoisse. Elle est toujours là, à me narguer. Le cramoisi de son sourire fige mes neurones. Dois – je réfléchir ? Je déploie mes ailes séraphines, roule mes épaules, casse mes coudes et l’observe. Elle réagit vite et bien à ma pantomime en prononçant cette phrase sibylline : « Mais tu ne comprends rien ; Tu ne peux te dissocier de la frustration ; Tu es comme les autres. »
Les haut-parleurs du bâtiment discrètement suspendus aux quatre coins de la minuscule pièce que nous occupons diffuse un air de théâtre rock œdipien –je retranscris ici les paroles traduites de l’anglais au français- « …Le tueur s’est levé avant l’aube , il a chaussé ses bottes, il a pris un visage à la galerie antique… »
Est ce que je rêve ? L ‘arène aux folles jeunesses dégénère.
Lequel d’entre nous va oser l’accuser , lui tirer les cheveux, la mettre à terre, lui faire bouffer son dentier à gros de coups de pompes dans la mâchoire ? est-ce moi ?
Ma langue gicle de la salive sanglante. Elle glapit. Ma bouche plie et déplie. J’épile sa toison. Je lustre… je lustre… Aaaah ! ! Que ces oreilles sont satellisantes ! Plus elle éructe plus je bave des propos incohérents : « L’intégration s’exprime à l’intérieur d’un groupe. Un groupe n’est pas une somme d’individus mais un tout. Un des premiers exercices neuronaux est de se lier par des liens aux autres…
… La notion de temps peut être assimilable à celle d’habitude de fonctionnement et donc de difficulté voir d’impossibilité de modifier ce fonctionnement. Il faut comprendre par là, que la création massive de nouveaux liens est déstabilisante pour l’équipage qui doit revoir le « tout » qu’il constitue…
... Il est difficile de trouver de bons indicateurs du degré d’intégration. A l’intérieur d’un groupe, l’intégration s’exprime par l’ensemble des interactions entre les membres, provoquant un sentiment d’identification au groupe et à ses valeurs. La difficulté consiste à concilier ces intégrations, chaque individu pouvant appartenir à plusieurs groupes…
… C’est le degré de cohésion de l’ensemble qu’il est important de mesurer ; ici, il s’agit du consensus et de la participation réelle des individus à la vie de l’équipage. Cela passe par un premier objectif égocentrique –essentiellement repérable- qui est que l’ensemble des personnes de son environnement et soi même aient une unique représentation de chacun. Cela nécessite un dialogue constant, une construction consensuelle. »
Son attention, tout comme la votre faiblit mais je ne désarme pas ; je pilonne ; je bombarde ; je l’ai presque achevée. Je mouille mes lèvres. La musique gronde : « Il est allé d’abord dans la chambre de sa sœur et… Il est allé ensuite visité son frère, il est allé enfin… jusqu’au bout du couloir, il est arrivé à la porte et il a regardé dans la chambre, « mon père ? » « oui mon fils ? » « j’ai envie de te tuer. Mère… j’ai envie de te BAIIIIISEEEEER ! » Ses doigts s’agrippent au rebord de la table. Elle cambre les reins, se soulève et plante ses yeux dans les miens.
Vais- je défaillir ? « Que pouvez-vous me dire sur la cohésion de votre marchandise imaginaire ; êtes-vous réel ? »
Je lui réponds du tact au tact dans l’espoir de la déstabiliser : « Parler moi plutôt de vous et de ta future vengeance que t’auras toi sur moi… » « Vous blâmer mon intelligence » me rétorque –t- elle « Cesser vos impertinence et arrêter de vous toucher la queue » Phallus-t- il que je rougisse ?
L’enfer se tiédit et la conversation reprend dans l’infini du temps « il faut évaluer avec, bla, blabla… ».
Dans mes tympans tinte toujours la même musique dionysienne : « Voici la fin ma belle amie, voici la fin, ma seule amie, cela fait mal de te laisser partir, mais jamais tu n’iras où je vais. La fin du rire, la fin des doux mensonges. La fin des nuits où nous voulions mourir. Voici la fiiiiiinnnnnn…. »
Scène 7.
Je suis paniquée de ne rien pouvoir faire. La solitude à laquelle je m’étais entraînée, qui avait disparue, revient en ressacs. Je me prends une lame en pleine gueule. Le fond de mon amertume est noir. Des fibres d’algue blanche forniquent avec des méduses. Tout s’agite dans un calme impérial. Le chaos s’en est allé pour laisser place à cet étrange ballet que personne ne dirige. Ce ballet que personne ne veut regarder, je le nomme l’avènement de ma solitude. Je suis au dessus de tout, plus stoïque que Sénèque. Je n’arrive pas à renoncer à mon amour pour ça, à son exclusivité, à sa passionnante folie. Je synthétise la douceur de sa peau. Du haut du mât de misaine, je scrute ses désirs, forces de sa genèse…
Et moi qu’ai-je fais tout ce temps si ce n’est refuser de vivre et d’aimer, refuser que ma volonté s’accomplisse. J’ai longtemps dormi du sommeil solitaire que d’aucun appelle le repos sage - L’emprisonnement/Libertad!-
Tiens toi droite et fière sur ta chaise et écoute ma prière : « Tu ne soupçonnes pas la force que tu as, ni tout ce que je te voles, encore moins ce que tu me donnes ». Je suis contre ma nature. Néanmoins je réussis, je me bats, je m’impose tout en restant à l’écart des rapports humains. J’étale ma curiosité bancale. Je vogue au dessus des mortels, de leurs bassesses, leurs fanges et leurs misères. Mais mes forces sont si futiles que j’ai très vite la nausée, des céphalées, des crises cardiaques. C’est pourquoi, encore aujourd’hui, je me cache d’elle car je sais que chacun est à la merci de tous. Le roulis m’engage tantôt dans la terreur et son cortège rouge et jaune de meurtres, viols et autres faits de pédophilie, tantôt dans le nirvana de la rencontre aimante.
Scène 8.
Que me reste t-il de mieux que de noircir le silence de mon mensonge par quelques vagues de mon âme, quelques écumes bouillonnantes remontant des profondeurs de mon ventre.
Loin de moi / dans mon âme toujours / une églantine rouge pâle / éblouie mon regard /
mon ensanglantine, mon églantine/ qui sous ses épines et sa peau verte /
dissimule une tendre chaire éclaboussée /par l’azur de la mer ou de mes yeux /
longue épine menaçant de poindre /
parfois tes cinq pétales encochés / se tordent, se dessèchent / pour finir recroquevillés /
le cœur de ma sauvage fleur / saigne des blessures qu’il s’inflige /
au creux de son aine / un organe acéré et dure / griffe en silence /
mon ensanglantine, ma dévoratrice /
le temps que nos passons ensemble / s’organise malgré nous /
autours d’une trop courte durée / horrible sentiment d’impatience /
bleuissant mon sang / explosant quelques neurones / l’horreur du temps qui s’inscrit /
nous avons du mal / à accepter la fatigue /
qui nous ouvre les yeux / sur l’obscurité du manque /
nous nous battons contre nos corps / à nous rendre malades et faibles /
notre quête est celle d’un intemporel fusionnel /
par delà une caresse, un baiser / une éternité enlacées /
mes pleurs sont pour toi / les tiens pour moi / ils signent notre amour /
d’un cri silencieux / car il ne faut pas faire de bruit /
chaque seconde à te regarder / à te respirer / je te touche et te frôle /
je te découvre / je me découvre /
mon ensanglantine, mon églantine /
petit carré de chocolat noir /amer, plein de caractère /
croquant sous la dent /fondant en bouche /
comment ne pas succomber à cette envie de te dévorer /
ou de me laisser manger / comment résister à l’aliénation /
si ce n’est en t’aimant /
je m’étais construit tout une histoire /
et même plus d’une sur l’amour /
mon imagination étais stérile / la réalité de ton amour m’effrayait /
remise en question incessante /
pour moi la réalité et plus douteuse que mon rêve /
à présent ta réalité pèse sur moi /de son doux poids /
je m’émerveille à la porter /je t ‘aime / j’ai quitté mes étoiles /
pour entrer dans un univers sans limite / celui que nous partageons.
…
Chapitre 9. MASOCHISME INHERENT ET LA MUE DU PAPILLON.
« Quand on dissimule trop longtemps aux regards des autres ce qui gît au fond de soi, tôt ou tard on finit par se le cacher à soi même ; et en se réveillant un beau matin, on ne sait plus qui on est. »
Je reprends l’écriture après un temps de gestation. Cela ressemble à un retour à soi après un égarement d’humanité. Je flaire le retour de la délicieuse nappe mêlant tension artérielle en résonance à une cascade de bouffées de chaleur. Mes seins chauffent. Les mots grouillent de l’intérieur de moi sur une partition jouissive.
Je tourne sept fois dans ma bouche - absence de formulation absence de parole/retournement volte face- fermement dressée à commettre le plaisir.
LE DEBUT : S’encombrer la pensée de Pénétration de Glissement d’Odeur synthétisée, de chute vertigineuse au bout de Soi : Ultimer le tremblement fébrile de la surface de Soi. Je me souviens, cela revient en moi la moiteur du creux, l’écartèlement de muscles, le flux en mouvement, en descente, en montée, en corolle voluptueuse. Ami lecteur je crois vraiment qu’il été temps de retourner à la source de l’Eros et du Thanatos, affirmer ce regard intime sur Soi.
Je vais espérer être en soi dans ma réalité intime et pour cela il est nécessaire de ne plus presser et attendre, de ne plus vouloir oser et se l’interdire, de ne plus craindre la culpabilité et plus encore la déception. Se forger une cage en latex pour se protéger sonne creux.
Caler des mouvements sensibles en mémoire vive, des résistances nerveuses d’articulations fiévreuses gâche l’Unique de mon existence fulgurante en ce monde. La mélancolie met au service de son projet d’autodestruction une habileté d’exécution dans une dissimulation, un came et une détermination saisissants.
Pincer les tétons, soulever, descendre mettre à nu, habiller, couvrir, vivre la confusion et la contradiction.
Imaginer être bientôt à Se coincer Se gicler S’enfoncer ; Accélérer car le désir presse à l’affolement des sensations, titiller le téton dure jusqu’à le cueillir le décrocher le sucer en contorsion féminine, l’avaler. Cracher sa salive sur son corps. Mouiller Gonfler la vulve et ne plus se retenir de nager dans l’introversion. Les cuisses dansent, le corps se pantomime.
Les fesses tremblent et bondissent vers un aller plus loin reviennent au départ repartent plus vite. Le doigt. Se limiter aux cimes. Puis. Joue le périmètre. Appuie. Écrase Vénus de sa puissante autorité. Graduer son approche. Cibler les éclaboussures. Humer les odeurs. S’arrêter un instant, s’abstenir de tout contact. Recommencer encore plus fort plus rapide dans le geste qui se déploie jusqu’au bout du doigt, deux, trois doigt, une largeur, un tournoiement, le poignet le bras les jambes mouillées…
Se tordre, Se mettre,…
………….
………….
Appeler, retenir, se désespérer, éclater,… souffler.
Se sentir dans le courant de l’illusion et maudire cette cage de latex, friandise/préservative.
Se rendre faible et irréelle de singerie humaine si patiemment inculquée, si profondément soclée, craindre la torpeur de s'en défaire, terrible voile social rassurant et étouffant. Dans l’asymétrie de son visage je lis un reflet enfantin de curiosité. Les yeux ne connaissent pas l’innocence. Ils percent la perversité. Ils lisent lorsque tu es condamné à relire. La nouveauté s’impriment réellement sur la rétine, se renverse traverse sur le nerf optique, le globe oculaire, touche les millions de synapses, éveillent à la réalité : UNE APPARITION.
LE SOMMEIL : l’aigreur grésille l’estomac et remonte raclant l’œsophage. Les substances en suspension se cloquent avec des magmas de toxines. Des solutions se glissent, des bulles pètent, tout cela se met à circuler dans un tonnerre de brunissements, approche des narines gonfle un trou dans la respiration : je rote. La chimie de mon corps qui fonctionne pendant mon repos. Les paupières closent, les pavillons sensoriels tournés en moi. Je plonge mon esprit dans le rêve. Ma capacité d’adaptation se rétracte.
PATRATRA, patratra, patratra, patratra, patratra, patratra.
Finies les illusions d’idéal, brisée la constance. Coulure sale sur le marbre blanc, traces violentes, éclaboussures fripant la surface immuable de l’idée que j’ai de l’amour. C’est un choc réel, désagréable, assommant qui laisse bouche bée. Plus rien ne sera comme dans mon rêve, patratra, patratra, patratra, patratra, patratra, patratra. Mutation d’univers, explosion terrorisante, réactions de survie, de course poursuite. Je tente de récupérer. Mais c’est vain. Plus rien ne sera comme avant, patratra, patratra, patratra, patratra.
Tout ce marque en moi à toute vitesse : ta parole. L’ailleurs où je ne suis plus. La troisième dimension d’où je suis exclue. J’essaie d’accrocher une réalité mais je n’imagine rien. C’est impossible et pourtant tu me dis le contraire. Je ne parle pas cette langue que tu utilises. Je ne comprends pas. C’est impossible, impossible, patratra, patratra, patratra.
J’ai vu la montagne soulevait sa jupe, lever un pied. L’ombre sur ma tête. Il n’y avait rien à faire. J’ai fermé les yeux et les oreilles. Absence de sens. Ce poid allait m’écraser. Patratra, patratra, patratra, patratra, patratra, patratra.
Je respire encore. Le pied ne s’est pas abattu. Il obstrue mon horizon. J’ouvre les yeux, j’écoute. Il est là haut, devant, dessus, menaçant, figé mais pour combien de temps ? Voilà je ne suis pas morte, je ne suis pas piétinée. Je vis sous le pied de la montagne. La montagne est imprévisible et dangereuse. La montagne est belle. Je peux voir sous ses jupes ! tralala, tralala, tralala, tralala, tralala, tralala,tralala.
LE DEPIT. Mon corps, mon esprit, mon esprit, mon corps. Je ne sais lequel se manifeste lorsque cette nuit les sanglots ont coulé sur mon visage. Est-ce l’expression de ma peur, de mon inquiétude, mon angoisse ?
J’aurais pu écrire à trois heures du matin, mais je ne pouvais pas. J’aurais pu te réveiller et parler. Mais je ne pouvais pas. Peut être avais je besoin de me prélasser dans cette détresse ?
La musique de mon cœur résonne patratra, patratra, patratra… je cherche encore ce que signifiés ces pleurs. Je les sens trancher mes yeux et je me rappelle des instants que j »’ai vécu il y a longtemps avant toi lorsque la solitudes me pesait et clashait avec une réalité immuable bien que toujours en mouvement. Les pleurs m’envahissaient. Mon cœur est explosé. J’entre en combat. Tout faire pour durer et exister ce qui, tu le menaces, risque de s’arrêter. Tout faire pour que tu sois heureuse avec moi et que tu te sentes bien ici.
Qu’est ce qu’il faut faire ? Comment il faut être ? Quels signes m’indiqueront que je suis sur la mauvaise voie ?vais je y arriver ? En fait toi et moi on n’est plus « comme ça ». Je me sens d’autant plus dans l’enfermante solitude que toi en amour ou en amitié avec d’autres. Tes relations avec les autres, avec l’autre me paralysent, me mutilent, me disloquent.
Je devrais réagir. Je sens que ma vie est suspendue à cette réaction. Trouver une authentique force, exister moi aussi dans mes relations aux autres. Peut on décemment attendre d’un manchot qu’il épluche les pommes de terre ? Tu me scies les pieds et après franchement l’injonction tombe « cours si non je demanderai à l’autre de courir. » c’est une folie, un impossible mais comme tu le dis je suis extraordinaire alors cela va se réaliser comme un miracle, une performance, une vie, un désir phantasme qui se forme. L’aveugle verra, le sourd entendra.
J’ai pensé ou plutôt je n’ai pas pensé. Je n’ai pas senti. J’étais tout fermé. Marre de recevoir des coups de machettes et de ne pas crever. Je crois que tout a émergé dans la nuit. Enfin pas tout. Juste une émotion mais rien à dire. Et ce matin je n’écris rien d’autre que j’ai ressenti une émotion. Laquelle ? La solitude peut être, la fin de mon existence ou le début de mon authenticité, la continuité métamorphosée de notre amour ? Je ne sais pas. Ou est ce une inquiétude légitime que tu vas vite dissiper ? Libre comme le vent. Moi je suis la girouette affolée par les flux qui ne sait plus où donner son cœur.
A un autre niveau, je suis grandiose comme l’océan agité de vagues à l’âme, d’honneur et d’humiliation, d’espoir et de désespoir. L’expérience de ma vie est chalonné de façon marquée de désillusions, de sécheresse, de dureté en matière de relation et ce jusqu’à toi. Alors tout changea en un inespéré bonheur, éternel, inscrit au-delà de tout sous les flots de la mer du Nord. Et puis tu quittes ce piédestal pour une rencontre « chargée d’émotions ».
Le chargeur est empli de balles. Tu vises. Tu tires. Mes larmes coulent. Encore une trahison qui va me faire me séparer des autres ?
C’est pas la faille qui gène. C’est que je ne suis pas assez confiante en moi. Ainsi je crève seule sur une berge, affolée et convaincue que je ne pourrais pas traverser alors que toi tu sautes sur l’autre rive avant que le pont existe.
LE PONT : Je construit dans ma tête. Je ne concrétise que des sanglots bouillonnants. Je suis nostalgique, aigrie. Je suis en difficulté et en détresse mortelle. Je vais sans doute me contenter tristement de t’admirer. Tu seras déjà loin de moi pour vivre l’ailleurs. Tout le paradoxe est la dans cet ailleurs synonyme de relation. Tu m’invites à y aller. Je devine que c’est un chemin plein de vie. Mais aussi de dangers comme le soulignent Hemingway, Cendrars, Rimbaud, Kerouac, etc. L’ailleurs appelle l’ailleurs. C’est une fuite. Moi c’est ici.
Cruauté du paradoxe qui invite à tous les possibles. Choisir d’exploser ma colère contre toi. Suis-je en colère ? Me défendre ? Attaquer ? Casser notre lien ? Désirer explorer l’ailleurs ? Continuer à vivre mon destin ; juste un regard sur mon passé dessinera le chemin que j’ai parcouru malgré moi ? Radeau ou pont ? Se laisser vivre c’est mourir.
LA SEPARATION : Je ne sais pas demain. Je ne sais pas si tu m’aimes. Je ne sais pas si tu veux vivre avec moi. Tu me mens. Tu omets de partager l’émotion avec moi. L’autre est ton ailleurs. Je devrais te renvoyer à la bassesse de tes sentiments éparpillés vers un ailleurs que moi. Mais je ne suis pas jalouse. Je t’aime. Je t’aime et tu m’aimes et c’est la mon existence.
Vais-je survivre à la terrible amputation de toi ?
Je suis de tempérament inquiet. Je cherche à maitriser. Combien de temps à aller contre moi? Promesse d’un sabotage amoureux ou félicité des désirs ? Si je sais t’aimer, si je sais m’aimer tu ne partiras plus car l’ailleurs sera ici. Quand vais-je prendre la décision de ne plus m’effacer ? Il me faut revenir car moi j’étais partie nulle part. Revenir pour que tu m’entende parler pour que tu me regardes sans crainte. Rien n’est anéanti mais tout est endormi.
S’inventer au-delà de toi un corps et une pensée de l’amour libérés de l’imaginaire dévolu. S’échapper de l’emprise de la pénétration, de la possession, de la soumission, de l’orgasme, de l’érogène, etc. Oser ce que je dis afin d’être enfin éveillée du pays des morts. Cela fait un moment que j’élabore en moi du désir unique. Je retiens comme une incompréhension lorsque tu détournes ton regard de moi parce que je t’effraie. Ainsi je constate qu’être moi te gène et te fais peur. Je ne veux pas te procurer de la douleur mais du plaisir.
LA NAISSANCE. Ma névrose hystérique éclate une nouvelle fois en un drame de plusieurs heures. Alors tu réalises que le silence m’insupporte et que mon corps réclame des réponses et non des interrogations. Je m’échappe de moi qui ne suis même plus bon à habiter et c’est toi qui m’y ramènes. L’habitude de voir tes parents fonctionner de cette manière t’enferme dans cette reproduction relationnelle.
Le lien ne se rompt pas en dépit de ma volonté farouche d’y mettre fin. Je recherche le soulagement. Par la parole s’échange nos désirs. Les miens sont pales et étouffés par la mélancolie. Les tiens sont prisonniers de ton corps. L’accouchement est douloureux et fantastique d’avenir. Je ne suis pas sur de pouvoir marcher sur cette route et j’use mes béquilles. Nous apprenons à nous débrouiller avec un nouveau langage immature et fœtal. La délivrance est loin d’avoir aboutie mais la nouvelle relation est gonflée de promesses libératrices. Vais-je tenir parole ? Je me sens si fragile dans mon âme ? Si étrangère à moi-même.
CREUSER L’ESPACE : Je n’ai pas confiance. Est-ce un signe ? Je tâtonne. Je boite. J’ai tenté de revenir sur ma rupture d’avec la matrice. Mais c’est impossible. Je ne regrette rien. L’émancipation digérée, je me suis réconciliée avec moi. Point de cassure mais j’ai enfin accepté et intégrée d’entrer en relation avec Elle. J’exerce l’art de la distance bonifiant et enrichissant. Il me reste à me dé brouiller avec Lui. C’est un embarras, un trop, un intrus. Qu’elle place Lui donné ? Peut être je triche encore ma relation et cela m’empêche de faire quelqu’un de Lui. Dépasser certains stades oubliés n’est pas si aisé. Cela transporte ailleurs. L’inconnu me rebute encore. J’y perds mon éternel puérilité. Mon costume social m’étouffe. Là aussi, il faudra trouver. J’en ressens la nécessité. En m’éloignant d’un regard narcissique, je multiplierais les relations aux autres. Ou est-ce en prenant le courage de parler que je reviendrais à moi ? C’est le bordel dans l’entreprise. Il n’y a pas de faillite. Mais j’ai hésité à déposer le bilan. Le maintien de l’activité n’est du qu’à un mot que j’ai entendu. Je suis fragile donc je fume.
PREMIER EXERCICE D’EXISTENCE : J’en viens à écrire l’absence de souffrance. Bien sur j’ai peur que cela ne dure qu’un instant. Mais j’apprivoise ce bien être momentané. J’ai étais agréablement surprise de moi d’avoir profiter d’une occasion de rencontre. J’ai parlé de moi, j’ai écouté parler les autres. L’échange. Mon amour était à mes cotés. Je ne vivais plus cette nouvelle relation à travers elle. Cela m’a exaltée. J’ai fumé et il m’a fallu m’allonger pour profiter dans la solitude du relâchement des effets bienfaiteurs. Je crois que la présence des autres entravée mon plaisir. L’angoisse de ne pas maîtriser renaissait. Seule je me suis laisser aller à un plaisir narcissique. De retour chez nous, J’ai parlé jusqu’à l’aube. J’explosée d’être.
Chapitre 10. DIFFUSION ANATOMIQUE.
« Quand on dissimule trop longtemps aux regards des autres ce qui gît tout au fond de soi, tôt ou tard on finit par se le cacher à soi même ; et en se réveillant un beau matin, on ne sait plus qui on est. » N’empêche que se débrouiller ave soi, ça passe par l’autre.
La figure surgit construit comme une architecture. Une explosion, un scandale inadmissible, une présence humaine, superlative, à nu, sans concession. L’ordre vole en éclat. Ce qui normalement est caché surgit à la surface. La peau arrachée, le visage en viscères. Visage brouillé, nausée, migraine, œil déplacé, bouche distordue. Muqueuses qui se retournent comme un gant. A fleur de peau dans son délire anatomique. Exhibé en sang. Une chaire vibrante dans laquelle l’existence est concentrée niant les frontières de la vie et de la mort. Comme un tourbillon sur le vif.
Lorsque je suis bien endormie de notre amour, que je veux pour toujours et donc qui m’échappe dans la tendresse de ma respiration, la moiteur du creux de ma main, je suis dans mes créations. Je respire et j’aspire à vivre dans mes constructions. J’aime transpirer de l’existent. C’est ahurissant tout ce qu’il y a à l’intérieur de moi ou entre moi et l’autre.
J’exploite tout moi dans des appropriation artistiques. Ainsi je m’appliquais à peindre de mon sang menstruel et sentir avec plaisir et effroi ce suc rejeté le long de mes cuisses, glissé jusqu’à mes pieds, pour se figer sur le papier. Je passe beaucoup de temps dans ma transpiration et durant des périodes plus ou moins longues je résiste aux injonctions du dehors qui m’ordonnent de me laver.
Ma curiosité pousse mes variations libidinales à générer des pratiques sexuelles solitaires insolites basées sur la maîtrise du dedans dehors et l’approfondissement des sensations dedans dehors mais aussi dépasser les interdits et les tabous. J’investie les lieux que je fréquente amoureusement. Je danse des phrases érotiques sur les murs qui essaient de m’étouffer.
J’explore mon corps à la recherche de mon identité. Je remarque que les autres me perçoivent tantôt male tantôt femelle. Je joue de ces possibilités caméléons. Il ne suffit pas de porter le costume approprié, il faut réellement se constituer en pole sexué et imposé sa volonté aux autres comme une évidence normale. C’est un travestissement qui ne se voit pas. Je me joue de la pauvreté de leur réflexion personnelle sur la représentation des genres humains.
« Je me suis trouvé là dans ce corps inconnu(…) soudain parachuté dans ce monde étranger (…) il m’a fallu danser la java des terriens sans en connaître rien (…) je fais de mon mieux pour avoir l’air de rien (…) m’adapter au logis abracadabrant qui me fut imparti de chair d’os et de sang moi l’eau du paradis l’ogre des galaxies je fais un genre je fais un genre humain (…) ne désespérons pas j’apprendrais les rites on s’habitue à tout terriens je suis à vous. » Brigitte Fontaine.
Comment me retrouver dans cet émiettement qui me compose ? Quel est ce détour par où me poursuivant, j’achève de me perdre ? Quel écran me sépare de moi sous couvert de me protéger ? J’avance vers je ne sais qu’elle incertitude pour me saisir jamais. Tout ce passe comme si mes pas me précédaient, comme si pensés et affects épousaient les contours d’un paysage mental qu’ils imaginent créer, qui les modèle en fait. Une force absurde : d’autant plus absurde qu’elle s’inscrit dans la rationalité des mondes et parait incontestable - me contraint de sauter sans relâche pour atteindre un sol que mes pieds n’ont jamais quitté. Et par ce bond inutile vers moi, mon présent m’est volé. Je vis le plus souvent en décalage avec ce que je suis, au rythme du temps mort. Mais quelque fois je surgis. ..
Clac, jiff, pourrg, Un autre coup porté assommant mon intérieur, étouffant un peu plus ma réalité, celle qui lorsqu’elle ose au dépend de moi exister, celle dont tu as peur. Je ne veux pas t’effrayer, ami lecteur alors je ravales j’essai de contenir ma réalité à l’intérieur. Mais j’arrive pas en quelques minutes et encore moins en votre présence.
Une irrésistible réalité qui déborde mes bornes contrôle et c’est ça qui te fait peur ! Allons mon ami, sois tranquille. C’est vrai que tu me connais dans le mensonge dans la négation de moi le plus souvent. C’est dans cet état que je suis à toujours contrôler mes émotions ne rien ou si peu et toujours de façon contrôlée laisser transparaître. Je me contrôle et manipule l’autre. Ou je me contrôle et donc me laisse manipuler par l’autre.
Et des fois avec toi et au dépend de moi c’est comme un vomissement de sensations. Et l’irrésistible m’envahit et me submerge c’est fort désagréable ce dépassement de moi mais c’est aussi plein de volupté qui m’enveloppe m’habille, m’habite. J’ai plein d’impression, tout s’agrandi en moi et tout me touche fort presque douloureusement. Cela m’affole, me paralyse presque et je ne peux pas me laisser aller dans ce flot interne qui s’extériorise. Je suis manipulée. Je deviens assez maladroite presque brutale. C’est que je n’arrive pas à contrôler.
Comme je te fais confiance, énigmatique compagnon solitaire, je voudrais que tu m’aides à donner tout de moi. C’est donc une pulsion bien égoïste qui m’anime à te rechercher. Je ne sais pas ce qui me fait le plus mal. Le débordement incontrôlable ou la peur qui s’empare de ton corps. Comment résister à cette existence pure, belle, destructrice peut être. Je ne sens pas arriver la crue mais c’est toujours avec des presque toi dans les corps à corps imaginaires.
Je m’assomme et après toute la nuit et plus encore je travaille à l’enfouissement toujours plus profond de mon existence. Ces épisodes sont ils des tentatives personnelles de résistance à toi, est ce pour toi, pour moi contre toi ?
Je me souviens que dans mon enfance il y avait déjà ce débordement assommé. « Arrête ! arreteeuh ! » Hurle ma sœur pendant que je l’attrape et l’immobilise sur son lit. Je déclenche souvent des bagarres. Cela me défoule. Ma sœur n’aime pas car elle est inférieure non pas physiquement mais mentalement. Elle essaie d’alerter mes parents en criant son fameux « arreteeeuh ! » Et de se défendre de mes attaques par des coups de pieds. Les bagarres sont violentes et elle lâche les coups qui me heurtent et me font reculer. Mon but n’est pas de la frapper, ni de l’immobiliser mais d’atteindre sa gorge pour l’étrangler. Une fois je l’ai étranglée longtemps et mes parents sont intervenus. Ils m’ont envoyée au rez-de-chaussée. Je ne suis pas énervée. Seule je réalise que je peux la tuer. Je ne me souviens pas que mes parents m’aient sanctionnée ou sermonnée. Je ne renouvelle pas ce geste.
A partir de seize ans, j’ai de plus en plus de mal à me satisfaire de mes nourritures terrestres. Je m’ennuie de l’existence humaine et des travestissements je suis passée à l’affirmation de l’individu authentique. Par conséquent je suis à la marge.
Le visionnage de quelques films déclenchent encore une certaines satisfaction mais vite rattraper par l’ennui et la vacuité. L’effet n’est que de trois quatre heures. Je suis passé à la lecture mais là aussi beaucoup d’ouvrages m’ennuis et ne me procure qu’une simple occupation. Je m’en sers pour tromper les autres mais cela ne marche pas sur moi. La lecture me plait. Aucune idée ne m’excite. Je trompe l’ennui de la vie sociale en centrant mes émotions sur le dessin. C’est pourquoi je dessine lorsque mon esprit n’est pas suffisamment utilisé par l’extérieur. Les pics de créativité se manifeste donc lors des interminables temps sociaux où rien n’est dit. L’écriture est réservée à une sublimation inoffensive de mes pulsions. Lorsque je sens proche une explosion ou une implosion, l’écriture s’impose à moi. J’ai pris conscience de cette façon de maintenir l’équilibre social. A l’opposé je cultive mon déséquilibre mental pour explorer d’autres voies sensationnelles.
L’élément le plus passionnant de ma vie reste ce que mon imaginaire génère en vie parallèle infinie, recommençable, corrigeable. Je me fiche de l’équilibre personnel ou plutôt je sais qu’il nuirait aux autres et je ne le laisse pas exister au-delà des mots et de l’imaginaire.
Néanmoins il y a un épisode critique. J’aurais pu basculer dans l’équilibre personnel. Il s’agit d’un épisode précis de quelques heures. Pour comprendre, je rédige un préambule sur mes activités du moment. Je suis complètement plongée dans une vie irréelle. Je suis amoureuse de Nora. Cette fille existe. Dans la réalité elle fréquente les mêmes bancs de classe que moi. Dans mon esprit, j’engage avec elle une relation de type sado masochiste pour simplifier grossièrement. Ce qui est cocasse et sans doute peu compréhensible par les réels c’est que parfois j’engage la conversation avec le réel comme si je m’adressé à l’irréel. C’est une démarche qui me permet d’enrichir ma banque de données imaginaires de leur personnalité. L’effet secondaire est que le réel a vite fait de me prendre pour une personne aux réactions déplacées, saugrenues. Les réels se méfient alors de moi. Je deviens inaccessible. En compensation mon imagination turbine et se détache assez vite des liens avec la réalité. La magie opère parfois et Nora accroche à ma relation irréelle la faisant passée dans le réel. C’est très excitant pour moi. Je concentre presque tous mes neurones sur cette relation. Une autre partie de mon activité cérébrale investie une idolâtrie d’une autre fille de ma classe. Je me rappelle que cela m’a valu de me prendre un abris bus en plaine figure.
Revenons à Nora : étonnamment elle semble comprendre mon niveau de dialogue et accepte plus ou moins le jeu de la proximité émotionnelle extrême. Je jubile et mon esprit multiplie les artifices virtuels à grande vitesse. Je les envoie alors à NR (Nora réelle) qui réagit. Elle est prédisposée. Peut être a-t-elle gardé suffisamment d’enfance ? Peut être n’est elle pas tout à fait normée ? Sa structure n’est pas stable et elle est perméable à mes empreintes spirituelles. Le jeu fonctionne très bien puis moins bien. Elle sent et constate que cette relation l’isole de plus en plus du réel. Elle choisit son camp peu à peu. Elle s’échappe du réseau pour rejoindre les autres dans la réalité. Je suis furieuse et la séparation commence un jour en cours de mathématique. Nous ne sommes plus entrer en relation depuis plusieurs jours. Cela lui manque peut être ou peut être pas du tout. Je penche pour la deuxième hypothèse. Nous sommes assises moi devant et elle derrière. Elle me tire les cheveux en plein milieu du cours. Ce contact réel est une violation insupportable. C’est une intrusion non autorisée. C’est surtout une moquerie désinvolte dont elle n’a pas cerné à priori l’ampleur. Je me suis alors levée et retournée. Les autres réels ont raconté leur peur de me voir la tuer sur place. Je l’ai regardée avec des yeux terriblement méchant racontent ils. Moi j’ai senti son enveloppe corporelle se fondre sur sa chaise et son souffle se couper pendant que ces battements cardiaques amplifiés. Son visage s’est modifié et son regard m’a dit qu’elle vient de comprendre qu’elle était allée trop loin. Mon mépris l’écrasé et je n’ai pas jugé qu’elle était à la hauteur de ma sortie réelle. Peut être que si ces réactions avaient étaient différentes je se
16:45 Publié dans les solitaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, inclassable

Ecrire un commentaire