02.12.2006

les fleurs du mal

medium_baudelaire.jpgToi qui, comme un coup de couteau, Dans mon cœur plaintif es entrée, Toi qui, comme un hideux troupeau De démons, vins, folle et parée, De mon esprit humilié Faire ton lit et ton domaine, — Infâme à qui je suis lié Comme le forçat à la chaîne, Comme au jeu le joueur têtu, Comme à la bouteille l'ivrogne, Comme aux vermines la charogne, — Maudite, maudite sois-tu ! J'ai prié le glaive rapide De conquérir ma liberté, Et j'ai dit au poison perfide De secourir ma lâcheté. Hélas ! le poison et le glaive M'ont pris en dédain et m'ont dit : « Tu n'es pas digne qu'on t'enlève A ton esclavage maudit, Imbécile ! — de son empire Si nos efforts te délivraient, Tes baisers ressusciteraient Le cadavre de ton vampire ! »

19.11.2006

henri pichette

« Peut-être qu'en dormant on s'entraîne à mourir ? A moins que l'on ne dorme en mémoire des morts ? » [ Henri Pichette ] - Extrait des Poèmes offerts

« L'homme, c'est l'ange + le sexe. » [ Henri Pichette ] - Les Epiphanies

« La poésie est une salve contre l'habitude. » [ Henri Pichette ] - Les épiphanies

 « L’argent, c’est la couille des familles. » [ Henri Pichette ] - Les Epiphanies - 1947

« Qu'on m'arrache le coeur, il germerait encore. » [ Henri Pichette ] - Odes à chacun

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LISEZ LES EPIPHANIES....CHEZ POESIE GALLIMARD 153 PAGES DE MYSTERE PROFANE.

07.10.2006

charlie BAUER

medium_arton87.gif« Qu’est-il de plus important, être ou avoir ? Chacun, de tout temps, essaie de concilier ces deux modes d’existence et de les conjuguer comme il peut. Qui n’a jamais menti, volé, éprouvé quelque colère ou révolte, enfreint le code (qu’il soit de la route ou pénal) ou au moins rêvé, imaginé, désiré le faire ? Celui qui ne se reconnaîtrait pas dans ces ardeurs, ces passions, ces hauteurs et ces bassesses, ces raisons et ces torts serait un saint ou un fourbe, ce qui est d’égale valeur ; et ce récit, ces mots ne peuvent l’intéresser. Je parle au genre humain et non au surnaturel. Ce genre qui fait les individus pétris de fautes, d’erreurs. De ces êtres si beaux et si vils dans leurs imperfections qu’ils traduisent la preuve de leur perfectibilité. »

 

écouter l'émission radio de charlie bauer sur sa vie sur le site de http://www.la-bas.org/

20.07.2006

L'unique et sa propriété max STIRNER

L'Etat n'a qu'un seul but : limiter, dompter, assujettir l'individu, le subordonner à quelque chose de général; il ne peut subsister qu'aussi longtemps que l'individu n'est pas tout; il n'est que la manifestation évidente de la limitation de moi-même, de ma restriction, de mon esclavage. Jamais un Etat ne se propose d'obtenir la libre activité de l'individu, son but permanent, c'est l'activité qui se rattache à son propre destin. Ne nous laissons pas duper par l'Etat; sachons voir en lui un fantôme, une création de Moi; ne lui demandons pas de nous accorder un droit dont nous sommes les seuls détenteurs. Ne comptons que sur notre propre puissance. Je n'exige aucun droit, c'est pourquoi je ne suis obligé d'en reconnaître aucun. Ce que je suis capable de conquérir, je le conquiers, et ce que je ne conquiers pas, échappe à mon droit, je ne me vante ni me console de mon droit inaliénable. Dans l'association, tu fais valoir toute ta puissance, tes capacités et toi-même, dans la société, par contre,medium_flamme.jpg on exploite ta force de travail; dans cella-là tu vis en égoïste, dans celle-ci en homme, c'est-à-dire religieusement; l'association existe pour toi et par toi, la société, par contre, te réclame comme son bien et elle existe même sans toi; bref, la société est sacrée, et l'association ton bien; la société te consomme, mais c'est toi qui consomme l'association. Ce n'est qu'à partir du moment où je suis conscient de moi-même et que je ne Me cherche plus, que je suis véritablement ma propriété : Je me possède, donc, Je me consomme et Je jouis de Moi. Au contraire, Je ne puis jamais jouir de Moi, tant que je pense qu'il me faut encore trouver mon véritable Moi et en venir à ce que le Christ et non pas Moi vive en Moi, ou bien un autre Moi spirituel, c'est-à-dire fantastique, par exemple, le vrai homme, l'essence de l'homme,... Nous sommes tous deux, l'Etat et Moi, des ennemis. Tout Etat est une tyrannie, que ce soit la tyrannie d'un seul ou de plusieurs. Ne cherchez pas dans le renoncement à vous mêmes une liberté qui vous prive précisément de vous-même, mais cherchez-vous vous-mêmes...Que chacun de vous soit un moi tout-puissant. Les seules choses que je n'ai pas le droit de faire sont celles que je ne fais pas d'un esprit libre. Et sans doute une des plus belles : Tu as le droit d'être ce que tu as la force d'être. Max Stirner

30.06.2006

Louise Michel

 medium_250px-Louise_Michel.jpgPartie prenante de la Commune de Paris, intervient l’épisode maintes fois mentionné, où, en habit de garde nationale, elle fait le coup de feu Place de l'Hôtel-de-Ville. Propagandiste, garde au 61° bataillon, ambulancière, elle anime aussi le Club de la Révolution et est toujours intéressée par les problèmes de l’éducation. Il est intéressant de remarquer qu’elle est très en avance sur son temps, préconisant des choses qui aujourd’hui nous paraissent acquises et normales, mais qui à l’époque sont des nouveautés, comme des écoles professionnelles et des orphelinats laïcs, se prononçant en faveur d’un enseignement vivant. Sur la barricade de Clignancourt, en janvier 1871, elle participe au combat de rue dans lequel elle tirera au fusil pour la première fois de sa vie. Elle se rend pour faire libérer sa mère, arrêtée à sa place. Elle assiste alors aux exécutions et voit mourir tous ses amis, parmi lesquels son ami Ferré, auquel elle fait parvenir un poème d’adieu émouvant, l’œillet rouge. Elle réclame la mort au tribunal, et c’est sans doute en l’apprenant que Victor Hugo lui dédie son poème, Viro Major. Elle passe alors vingt mois en détention et se voit condamnée à la déportation. C’est le temps où la presse Versaillaise la nomme la Louve rouge, la Bonne Louise.

Pour mieux la connaitre et ça vaut le coup lire LOUISE MICHEL quand l'aurore se lèvera de Christine Ribeyreix, edition La lauze, 2002. ( prix 20 euros)

Héliogabale ou l'anarchiste couronné

HELIOGABALE OU L’ANARCHISTE COURONNE par  Antonin Artaud

« S’il y a autour du cadavre d’Héliogabale, mort sans tombeau, et égorgé par sa police dans les latrines de son palais, une intense circulation de sang et d’excréments, il y a autour de son berceau une intense circulation de sperme. Héliogabale est né à une époque où tout le monde couchait avec tout le monde ; et on ne saura jamais où ni par qui sa mère a été réellement fécondée. Pour un prince syrien comme lui, la filiation se fait par les mères ; - et, en fait de mères, il y autour de ce fils de cocher, nouveau-né, une pléiade de Julies ; - et qu’elles exercent ou non sur le trône, toutes ces Julies sont de hautes grues. Leur père à tous, la source féminine de ce fleuve de stupres et d’infamies, devait, avant d’être prêtre, avoir été cocher de fiacre, car on ne comprendrait pas, sans cela, l’acharnement que mit Héliogabale une fois sur le trône à se faire enculer par des cochers. » (Extrait d’Héliogabale ou l’Anarchiste couronné paru en 1934.)medium_artaud.jpg

« Héliogabale, né sur un berceau de sperme, mort sur un oreiler de sang, est un noir héros de notre monde. Sa légende est faite de perversité et d’exécration » Le Clézio.

Le manifeste contra sexuel de Preciado

medium_sc05_025.jpg« MANIFESTE CONTRA-SEXUEL » -------------------------------------------------------------------------------- par Beatriz PRECIADO aux Editons Balland Une lecture de Patrice Desmons Imaginons ceci, au moins depuis Freud : tout texte s’écrit sur son contraire qu’il tient à l’écart et qu’il s’efforce d’effacer. Et toute l’histoire de la philosophie est cette histoire là : espérer en finir avec ce geste, d’abord en extrojectant le contraire de la Raison hors du monde (Platon), puis, à force d’échouer dans ce geste déréalisant, en réintrojectant la contradiction dans le mouvement même de la pensée (Hegel). Ce qui est vrai pour l’histoire de la philosophie l’est aussi sûrement et souvent pour l’histoire de chacun, balançant entre une position paranoïde objectant la contradiction en persécution, et une position intranoïde, pourrait-on dire, subjectivant l’en soi en pour soi dans l’avènement de la conscience de soi ... Dans les deux cas, l’objet de la contradiction est « résolu » : effacé par extrojection ou introjection dans le concept. C’est à l’ambiguïté de cette résolution qu’est exposée toute pensée et peut-être toute pratique soucieuse d’articuler subjectivité et politique. Or un autre geste serait-il possible, qui n’effacerait pas au moment où il montre, dont l’expression ne passerait pas par l’impression noir sur blanc qui se retranche d’elle-même ? Ce serait, on s’en doute, un geste inouï, à la fois philosophique, politique, éthique, subversif, révolutionnaire, sans doute littéraire et sûrement sexuel. Eh bien c’est peut-être un exemple de ce geste que donne à lire et à voir cet étrange livre de Béatriz Preciado : Manifeste contra-sexuel. Beatriz Preciado est philosophe de formation, d’origine espagnole et chercheur aux Etats-Unis. Ses références philosophiques sont, dans ce livre, essentiellement celles de la philosophie française contemporaine : Foucault, Deleuze, Derrida. La référence à Derrida joue un rôle pivot qu’on va essayer d’expliciter. Mais il faut aussi dire que B.Preciado est nourrie d’autres références, sociales, liées aux mouvements sexuels américains, en particulier le mouvement homosexuel mais aussi les mouvements abordant des modes différents de sexualité (drag queens, queers etc.) Cette double référence fait de ce livre un étrange document, qui annonce peut-être ce que pourrait être le XXIème siècle s’il n’est pas ravalé par l’obscurantisme. Ce serait aussi peut-être le moyen, pour certains lecteurs, de mieux comprendre l’enjeu et l’ampleur de la déconstruction à l’œuvre dans le travail de Jacques Derrida, en particulier pour ce qui concerne la sexualité et (donc) la psychanalyse. Ce Manifeste contra-sexuel peut ainsi être lu comme la traduction sexuelle de ce que Derrida traduit philosophiquement. En même temps que nourrie par la psychanalyse, l’œuvre de Derrida, depuis des textes de plus en plus incisifs, opère un retour sur la psychanalyse elle-même des « résistances » dont elle avait contribué à initier la lecture. Que dire de ce retournement ? Derrida déconstruit l’économie du « phallocentrisme » et la manière dont Freud puis (surtout) Lacan constituent ce qu’on pourrait appeler l’alibi du phallus. L’alibi du phallus, c’est la manière dont ce concept, se constitue dans son effet subjectif en se destituant : c’est la castration qui fait le phallus, le décide, le rend décisif et l’érige. Par la castration, le sujet se divise ; par sa division, il se différencie, et cette différence se marque corporellement par la différence sexuelle. Autrement dit, la castration greffe sur la différence anatomique une différence symbolique qui constitue l’Autre par soustraction et articule le désir en manque. La castration est alors l’alibi de l’Autre auquel le sujet sera dorénavant (dé)voué, dans la permanence d’une répétition revenant sans cesse à (et de) cette place là, « vide ». Dans des textes incisifs, (La carte postale, et plus récemment Résistances - de la psychanalyse et Etats d’âme de la psychanalyse) Derrida déconstruit ce dispositif et appelle à un « sans alibi » que la psychanalyse résiste à dénuder, un sans alibi qui défétichiserait le phallus, et peut-être la psychanalyse elle-même et tout ce qu’elle soutient ou dont elle se soutient : la loi, le nom propre, la logique régulière et régulatrice du signifiant, la souveraineté, le réel « innommable », le silence etc. Différence sexuelle, différence grammaticale C’est l’effet dans le sexuel (ou le réel, peut-être ?) de cette incision que Beatriz Preciado donne à lire. Croisant ce qu’elle appelle joliment les « ciseaux de Derrida » avec ceux parfois « réels » de machines linguistiques, sociales, médicales et techniques qui opèrent sur la sexualité, elle montre comment fonctionne aujourd’hui la production de la sexualité comme différenciation. S’intéressant par exemple à la manière dont intervient la chirurgie devant des nouveaux-nés intersexuels, dont le sexe est indécidable à la naissance, B.Preciado remarque que « le travail d’assignation du sexe des nouveaux-nés intersexuels commence par un processus de sexuation/nomination : un organe reçoit le nom de clitoro-pénis, péno-clitoris, micro-phallus ou micro pénis non en fonction de la description des organes existants mais en fonction du sexe que l’on veut fabriquer. Le nom d’un organe a toujours valeur prescriptive » (p.100). Il s’agit alors d’interroger cette prescription, et d’y lire l’exemple d’un principe général : une sorte de grammaire générative qui fixe le corps selon le genre, masculin ou féminin (le genre est une des premières règles grammaticales), et non l’inverse où on croirait que c’est le corps qui fixerait le genre. Ainsi, « on est tous passés par cette table d’opération performative : c’est une fille ! C’est un garçon ! » (p.94). La différence sexuelle est l’effet de cette performativité. Or c’est cette performativité que Derrida ne cesse de déconstruire, en rendant lisible ses effets à l’œuvre dans le droit, dans la loi, dans ce qui fait tenir le langage, le concept lui-même, et qu’il s’agit de déconstruire et « disséminer ». C’est dans la conjonction de cette analyse de la médico-technologie du sexe comme greffe (d’organe sexuel) grammaticale, et de la déconstruction « grammatologique » derridienne, que B . Preciado rend alors lisible, de façon assez sidérante, les inversions (mais le phallocentrisme dirait ici sans doute : les perversions) permises par la rencontre chez l’humain entre le sexe et la technique. S’appuyant sur les mouvements et les auteurs qui en revendiquent les pratiques, elle fait des objets sexuels (godemichés, vibromasseurs, bondage, contrats masochistes etc) des indices de gestes « contra-sexuels » qui subvertissent non seulement la fétichisation du pénis dans l’hétérosexualité, mais aussi la place symbolique donnée au phallus depuis la psychanalyse. D’origine le plus souvent médicale, remplissant des fonctions prothétiques, orthopédiques ou parfois répressives sous couvert de « correction » antimasturbatoire par exemple ou de contrôle de la chasteté, ces objets prennent alors un statut sexuel et conceptuel détourné et nouveau : B.Preciado envisage ainsi de décrire « l’analyse de la transformation de ces technologies de répression/reproduction en technologie de résistance underground » (p.80). Alors « il faut philosopher à coups de gode, plutôt qu’à coups de marteaux » (cf Nietzsche) , car « le gode est l’impropre » (p.66). Il est ce qui dissémine la loi du genre dont cherche à s’originer la différence sexuelle anatomisée : le gode atomise l’anatomie. Abolition de la propriété privée des moyens de reproduction Philosopher à coups de gode, c’est comprendre cette loi de l’impropriété et de l’expropriation : c’est en fait une forme d’abolition de la propriété privée des moyens de production et de reproduction dans la sexualité, et alors « le gode n’est pas un objet mais une opération de coupure » (p.66). En fait « le gode précède le pénis » (p 67) et ainsi il « fait figure d’exemple paradigmatique de ce que Derrida a défini comme le « dangereux supplément » dans l’analyse de l’opposition nature/culture chez Rousseau. » Loin d’être la simple imitation du pénis, le gode en mimant le pénis, le mine : « le gode dresse le pénis contre lui-même » selon le principe de la mimesis qui dissémine tout original abîmé dans la différence sans origine assignable et doublant toujours déjà toute origine originellement dans son itérabilité (cf Derrida : Mimesis- des articulations Editions Galilée). Alors le gode fait passer de la sexualité « naturelle » à la sexualité technique, technologique, ce qui bouleverse la frontière du même et de l’autre et ouvre cet espace « contra-sexuel » que ce livre énonce, dans une grammatologie qui dénaturalise les genres et contre-sexualise le dispositif phallocentrique et phallocratique. Ce livre mériterait un colloque. Il tombera sans doute sous le coup d’un diagnostic psy sans discussion : « perversion », ou peut-être même : « délire sexuel » ! Les philosophes y liront peut-être, quant à eux, de la philosophie mal digérée... Ce serait aller vite en besogne, là où l’auteur construit une conception défétichisée de la sexualité, très peu « perverse » à strictement parler. Le gode de Béatriz Preciado n’est pas fétichisé, ce n’est pas un fétiche qui suppléerait le phallus réduit au pénis manquant de la castration. Le gode n’est pas non plus (donc) un concept. Il est même plutôt une « blague ontologique »(sic). Et il n’est que la représentation d’une opération plus générale qui, elle, est une véritable opération de défétichisation, de détachement et de dissémination : le gode « occupe une place stratégique entre le phallus et le pénis » et « va agir comme un filtre et dénouer la prétention du pénis à se faire passer pour phallus » (p.62). En fait le gode ne précède pas ni n’annule la castration, qui n’est pas déniée : le gode détourne plutôt la castration et la défétichise en la retournant depuis son envers dédoublé: c’est une opération qui décrit ce à quoi appelait récemment Jacques Derrida : un au-delà de l’au-delà du principe de plaisir... Ce n’est plus l’anatomie qui est le destin, comme l’affirmait Freud, car l’anatomie en elle-même est seconde depuis cette table d’opération grammaticale qui la nomme et la prénomme. Et du même coup, le roc de la castration qui était la traduction symbolique de ce destin se trouve à son tour requestionné théoriquement, pratiquement et sexuellement, au profit d’une reconfiguration technologisée et en fait grammatologisée du corps et de sa jouissance. Le gode ne dénie pas, il désidère. Un sujet sans alibi Avant Freud, l’Homme restait muet devant Dieu-God dont il n’était que la copie difforme. Après Freud et Lacan, c’est Dieu qui est rendu muet, sous forme d’Autre barré et innommable mais ainsi subtilement restitué par un sans rapport qui l’absolutise et l’absout par un alibi inespéré : il est vain de prononcer le nom de l’Autre, insu. Or la scène de la sidération spéculaire s’est simplement déplacée avant et après la psychanalyse dans cette substitution du pénis au phallus, dans un dispositif maintenant finalement intact le phallus retotemisé. Le god(e) de B.Preciado désidère cette scène, en constituant la possibilité d’une relation d’objet où l’objet ne sert pas de prétexte à fétichisation, (ce n’est pas un « objet », justement) mais est au contraire l’occasion de défétichisation du sujet lui-même désanatomisé: la jouissance est défétichisante et désidérante, reconnue comme opération contra-sexuelle de détournement de ce qui se faisait passer pour naturel, sous la forme de la présence anatomique pleine (le pénis) ou de l’absence symbolique vide (le phallus). Ce god(e) ne restitue ni ne sauve aucun roi, aucune reine, aucune tête, aucun cap. Il n’assure plus aux lettres volées le retour à la place fétichisée d’un phallus rassuré et maintenu scellé : cet alibi réhabilité par un Dupin-analyste que le gode déshabilite et dissémine par cette opération grammatologique qui fictionnalise la lettre en la doublant d’elle-même : le gode, c’est la littérature. Et au fond, ce n’est pas seulement la prétention du pénis à se faire passer pour phallus que ce Manifeste dénoue. C’est bien pire : c’est la prétention du phallus à se faire passer pour le phallus, que le gode double, spectralise et décline d’une manière inouïe. Cela produit un renversement qui devrait intéresser tous les professionnels du secteur sanitaire et social, et, au-delà, tous ceux qui savent qu’ils ne sont pas tout ni maître de tout, et qui ne savent pas quoi faire d’autre de ça que de s’en désespérer ou s’en résigner : « La prothèse destinée dans un premier temps à pallier nos handicaps physiques génère des comportements complexes et des systèmes de communication par rapport auxquels nous sommes handicapés sans la prothèse. Par exemple, la machine à écrire a été inventée à l’origine pour les personnes aveugles, de manière à ce qu’elles aient accès à une écriture mécanique ; elle s’est vue par la suite généralisée comme une prothèse d’écriture qui a radicalement modifié nos manières de communiquer. Le handicap des non-voyants est si structurant dans la conception de la machine à écrire comme prothèse qu’il est devenu nécessaire pour tout un chacun d’apprendre à écrire sans regarder le clavier : il faut passer par l’expérience de la cécité pour accéder à l’utilisation de la prothèse. En d’autres termes, chaque développement technologique réinvente une « nouvelle condition naturelle » par rapport à laquelle nous sommes tous handicapés. Mieux encore, chaque nouvelle technologie recrée notre nature comme handicapé en relation avec une nouvelle activité qui demande à être supplémentée technologiquement. Les nouvelles technologies de reproduction in vitro (et peut-être bientôt hors utérus) par exemple ont été développées pour compenser une « déficience » perçue par rapport à la dite « reproduction sexuelle normale ». Au même moment, ces technologies génèrent tout un ensemble de mode de reproduction sans relations hétéro-sexuelles, qui pourraient transformer les formes d’incorporation de ce que nous continuons d’appeler, faute de mieux, les hommes et les femmes ». (p.120/121). Inouï : cette dialectisation du handicap différant plutôt que manquant, fait du handicap la trace d’un « dangereux supplément » à venir. L’humain est un handicapé sexuel. Son destin, c’est précisément de n’être pas tout anatomique : le désir et la vérité chez l’humain ne peuvent se fonder ni sur une naturalité que la technique vient démentir, ni sur une technique dont la grammaire ne peut jamais s’autoriser seulement d’elle-même, même chirurgicalement... A la place du handicap et de ce qui paraissait manque phallique vient une machine à écrire, sexuelle, contra-sexuelle, littéraire, qui ne se contente plus de laisser en souffrance le dos sur lequel l’écriture jouerait sans jouir, de s’écrire -révolutionnairement ?- : sans alibi ... Patrice Desmons-

01.06.2006

Monique WITTTIG

 

- Monique Wittig : "La pensée straight" - chez Balland edition

On ne naît pas femme Les femmes ne sont pas un groupe naturel c'est à dire "un groupe social d'un type spécial : un groupe perçu comme naturel, un groupe d'hommes considéré comme matériellement spécifique dans son corps". (2) L'existence des lesbiennes montrent que les femmes ont été catégorisées de façon politique par les hommes en un "groupe naturel". Wittig rejoint ainsi Simone de Beauvoir "On ne naît pas femme, one le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c'est l'ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le male et le castrait qu'on qualifie de féminin".(3) Wittig récuse l'idée que la base de l'oppression des femmes est biologique ou historique. Certaines féministes, en s'appuyant même sur Beauvoir, soulignent que la civilisation a d'abord été matriarcale ; les femmes fondaient la civilisation (par la procréation) pendant que les hommes frustres et brutaux allaient à la chasse. Cette vision déplait à Wittig car elle ne remet pas en cause l'hétérosexualité et remplace une oppression par une autre (le patriarcat par le matriarcat). Cette vision reste prise dans les catégories de sexe et dans l'idée que la femme est intimement liée à la procréation. Je suppose que cette critique peut s'appliquer à Françoise Héritier. Le danger pour Wittig est de naturaliser l'histoire ce qui tendrait à faire croire que les catégories hommes et femmes ont toujours existé et existeront toujours. Certaines lesbiennes tendent d'ailleurs à adhérer à cette théorie comme Andrea Dworkin "Les femmes et les hommes appartiennent à des espèces ou des races (les deux mots sont utilisés de façon interchangeable) différentes ; que les hommes sont inférieurs aux femmes sur le plan biologique ; que la violence masculine est un phénomène biologique inévitable".(4) En naturalisant l'histoire, on naturalise donc les faits sociaux marquant l'oppression des femmes ce qui les rend impossibles à changer. Wittig prend pour exemple la procréation qu'on considère comme naturelle sans penser qu'elle est forcée, organisée (démographie) et que c'est la seule activité sociale, hormis la guerre, qui présente un tel danger de mort. Wittig montre que ce que nous prenons pour l'origine et la cause de l'oppression n'est en fait que la "marque" que l'oppresseur a apposée sur nous. Colette Guillaumin montre ainsi que le concept de race, dans son acception moderne, n'existait pas avant l'esclavage. C'est ainsi qu'aujourd'hui race et sexe nous apparaissent comme une donnée immédiate et appartenaient à un ordre naturel. Ce n'est pas une perception directe mais une construction directe alors que ces traits sont aussi indifférents que les autres pour désigner un individu. ex elle est vue comme femme donc elle est femme. Je dirais qu'on s'est un peu séparé des catégories de race mais pas du tout de celles de sexe. Wittig souligne ainsi que l'insulte courante envers les lesbiennes "tu n'es pas une vraie femme" montre bien qu'il faut se construire pour en être une "vraie". elle déplore aussi que tout un courant féministe et également lesbien tende à vouloir être de plus en plus féministes. Refuser d'être femme ne veut pas dire pour autant être un homme ! Elle souligne de toute façon qu'il est impossible pour une femme d'être un homme, du moins psychiquement, puisqu'elle ne saura pas d'emblée ce que c'est que d'avoir un droit sur les femmes. L'oppression vécue par les lesbiennes consiste donc à mettre hors de leur atteinte les femmes qui sont réservées aux hommes. Une lesbiennes est donc condamnée à être une non-homme, une non-femme.

19.01.2006

Muriel Cerf UNE PASSION

Extrait : J'enclouerai ton ombre et l'empreinte de ton pas. Fini de ton talent, mécréante. J'émousserai les pointes affûtées de sens et tairai les salves crépitantes de ta damnée énergie. Tu perdras ta folie sagace, ta tendresse pour le règne animal, végétal, minéral (tu en inventerais d'autres si je te laissais la bride sur le cou), ta jeunesse pathologique (j'ai ta vie devant moi, le si vieux bougre), ton esprit ricaneur, offensif, tes joutes oratoires avec la mort qui me vexent affreusement car je n'y participe pas (j'ai enfin lu tes livres et je te connais, imprudence autobiographique !), oublie, donc, ta moquerie câline et tes pieds de nez au quotidien, cette faculté d'être à la fois croyante folle de Dieu et iconoclaste... Amour, je guérirai ta folie, ce sera la fin du dialogue avec Dieu et gens faisant suite, et du don que tu Lui dois. Oublie l'écriture, chose phallique, les mots, tes mantras charmeurs-du-monde. Oublie tes chères correspondances entre la mer, la musique, les parfums, et tes recours aux sciences diagonales. Je te veux mon épouse...

06.12.2005

NIETZSCHE

"et voici le récit que Zarathoustra fit de sa conversation avec le chien de feu:

"la terre dit il, a une peau; et cette peau a des maladies. l'une de ces maladies, par exemple, s'appelle"homme".
Et une autre de ces maladies s'appelle"le chien de feu": à son propos les hommes ont raconté beaucoup de mensonges. Pour résoudre ce mystère, j'ai traversé la mer : et j'ai vu la vérité toute nue, ma foi, toute nue des pieds à la tete. Pour ce qui est du chien de feu, je le sais maintenant; et de meme pour tous les diables éructés de l'enfer qui veulent tout renverser, qui ne craignent pas seulement les petites vieilles.
" Sors de là, chien de feu, sors de tes profondeurs! m'écriai-je et confesse quelle est la profondeur des profondeurs où tu te tiens! D'où vient donc ce que tu remontes, en soufflant, au bout de ton museau? Tu bois largement de l'eau de la mer: c'est ce que trahit le sel de ta faconde. En vérité pour un chien des profondeurs tu prends ta nouriture par trop à la surface! Je te tiens, tout au plus, pour le ventriloque de la terre: et chaque fois que j'entendis parler les diables éructés de l'enfer qui veulent tout renverser, je les retrouvai pareil à toi: sales, menteurs et plats. Vous savez gueuler et obscurcir avec des cendres, vous etes les grandes gueules les plus grandes et vous avez appris à satiété l'art de faire chauffer la boue jusqu'à ébullition. Partout où vous etes il faut qu'il y ai de la boue à proximité et qu'il y ait beaucoup de chose spongieuses, caverneuses et comprimées: tout cela veut la liberté. "Liberté", c'est ce que vous hurlez le plus volontiers, tous tant que vous etes: mais j'ai désappris la foi dans les "grands événements" ausitot qu'il y a autours de ceux ci beaucoup de hurlemnents et de fumée. Et crois moi, mon ami, un bruit d'enfer! Les plus grands évènements ce ne sont pas nos heures les plus bruyantes, mais nos heures les plus silencieuses."

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